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«Contrairement à certains animaux comme
le pigeon voyageur, la faculté de s'orienter chez l'homme résulte
d'une éducation, elle est le fruit d'observations personnelles
ou d'une instruction méthodique comme c'est le cas pour l'officier
de marine. Grâce aux procédés de navigation méthodiques
les transports aériens gagnent beaucoup en régularité:
le navigateur aérien n'est plus l'esclave du sol ». Tels étaient les avant-propos d'un des premiers livres de navigation
aérienne édité en 1919 dont l'auteur, le futur commandant DUVAL, était pilote et navigateur d'avions,
d'hydravions, de dirigeables et membre du TOMATO jusqu'à sa mort en 1992 à cent ans moins quelques jours.
Le navigateur aérien, appelé pendant la Grande Guerre, «observateur»
a eu sa place dans les avions pour que le pilote ne soit plus l'esclave
de la vue du sol, et il devient indispensable lorsque le sol est remplacé par la mer.
LES ÉTAPES DE LA SPÉCIALITÉ «NAVIGATEUR»
- Les premiers grands raids à traversées
maritimes d'après la guerre 1914-1918 eurent tous à bord
un spécialiste de la navigation dont c'était la fonction
principale à bord : Dabry, navigateur de Mermoz, Le Brix, Coli,
Bellonte, Lefèvre etc.
En fin des années trente :
- Traversées de l'Atlantique Sud en ligne pratiquement
régulière pour l'Aéropostale avec Ezan, Comet,
Roux etc.
- Traversées de l'Atlantique Nord en préparation
de la ligne régulière avec Comet
Lorsque l'avion ou l'hydravion devient un moyen de transport
avec des passagers, ce qui demandait de la régularité en
plus de la sécurité, les compagnies embauchent ces spécialistes.
D'où venaient-ils?
Où avaient-ils été formés?
Lorsque la nécessité d'un spécialiste
de la navigation se fit sentir à bord des avions pour traverser
sans escale les grandes étendues maritimes, on se tourna principalement
vers les professionnels qui pratiquaient déjà ce travail
sur mer, les officiers de marines, les capitaines aux long cours de la
marine marchande et les officiers de la «royale» Ce fut avant
1939 les principales sources de recrutement.
Plusieurs officiers ou commandants passèrent de la mer à
l'air, ainsi les futurs chefs navigateurs d'Air France d'après
guerre, Comet, Roux et Saldo.
La compagnie Air France, en 1945, embaucha des officiers de marine qui
avaient fait la guerre dans l'aéronavale et des officiers de l'armée
de l'air, tous de provenance navigateur.
En 1951, il y avait 17 navigateurs ; en 1960, à l'arrivée
des avions à réaction, le nombre augmenta très vite,
il fallut embaucher et transformer les officiers radio volontaires qui
étaient eux déjà «débarqués»
suite à l'arrivée de la phonie HF à bord et pratiquée
par les pilotes. Dans les années 66, les besoins firent embaucher
les marins, les lieutenants et capitaines aux long cours qui eux aussi
avaient des problèmes d'emploi dans leur métier, transformation
aéronautique sans problème pour ces gens de valeur.
LE BREVET DE NAVIGATEUR :
Les brevets de navigateur
aérien firent leur apparition dès avant la dernière
guerre, c'était pour le navigant de l'époque, (pilote, radio),
un gage de connaissances qui permettait d'accéder aux vols long
courriers et qui apportait un plus à la feuille de paie!
Brevet élémentaire de Navigateur
: premier brevet de navigation, permettait la navigation à l'estime
et la navigation radio.
Brevet supérieur de Navigateur : il était pour l'aéronautique
civile ce qu'était le«brevet de capitaine aux long cours»
pour la marine marchande, il permettait de pratiquer la navigation astronomique
indispensable sur certains parcours.
LE TRAVAIL DU NAVIGATEUR :
«Naviguer consiste à choisir la ligne
directe joignant le point de départ au point d'arrivée,
à la tracer sur la carte, puis dans l'espace, à se maintenir
sur la route que l'on s'est ainsi fixée.»
Le navigateur contrôle son estime avec comme moyen le :
Dérivomètre : donne la dérive par observation
d'un point au solet son défilement oblique par rapport à
l'axe longitudinal de l'avion.
Cinédérivomètre : sert à mesurer
la dérive et la vitesse sol en visant un point de repère
survolé sans qu'il soit nécessaire de l'identifier.
Sextant : instrument qui permet de pratiquer la navigation astronomique
sur mer et désert à une époque où les moyens
radio à longue distance n'existaient pas encore.
- Sextant marin, utilisé
lors des premiers raids sur les avions naviguant à faible
altitude, (Bellonte lors du vol Paris New York).
- Sextant à bulle, (le premier fut inventé
par l'amiral Coutinho), Fairchild ou Mark, utilisés sur DC4,
Constellation, DC6 - nécessité d'un «astrodôme».
- Sextant périscopique, la bulle est remplacée
par un système pendulaire, sur Super-Constellation, DC7,
Boeing 707, DC8, (et sur B747-200 en prévisions de vols polaires
mais pratiquement jamais utilisé).
Dérive radio-altimétrique : on
obtient la dérive par différence entre l'altitude radio
et l'altitude pression entre deux périodes de temps, (formule
de Bellamy).
Système radio goniométrique : ce moyen permettait
un relèvement radio à longue distance, mais nécessitait
un spécialiste à bord, le radio-navigant.
LORAN (Long range navigation) : Système de navigation
à ondes longues, basé sur la mesure de différence
de distance, il fait appel à une mesure de différence
de temps entre plusieurs stations ce qui permet de définir l'hyperbole
sur laquelle se trouve l'avion.
Le LORAN A est abandonné depuis les années 70, mais le
LORAN C est toujours actif.
CONSOL: moyen de navigation longue distance utilisé par
les militaires allemands pendant la guerre 39/45 ; il nécessitait
une «clef» spécifique à l'émetteur
choisi, incluse sur les cartes civiles d'après guerre, (fréquence
MF 200 à 415 Kcs), distance de réception de 1000 à
1500 NM; la dernière station a été fermée
en 1978.
DOPPLER : le récepteur DOPPLER donne la dérive
par effet Doppler et la vitesse sol. Couplé à un calculateur,
il fut avant l'arrivée de l'inertie un des précurseurs
de la fin du spécialiste de la navigation hauturière,
le navigateur.
OMEGA: système de navigation à ondes longues basé
sur la mesure de différence de distance qui fait appel à
des comparaisons de phases, (comme le système DECCA, d'une utilisation
à distance plus courte donc pas par le navigateur civil), propagation
à très longue distance et sous l'eau. Ce système
a été abandonné à la fin du siècle.
INERTIE : l'arrivée de l'inertie mit fin
à la spécialité «navigateur». Ceux-ci,
à Air France, ont poussé la conscience professionnelle
à aider à mettre en utilisation ce nouveau système
de navigation automatique.
LES LIGNES AVEC NAVIGATEURS DANS LES COMPAGNIES CIVILES:
Avant la guerre 1939
Dakar-Natal
Biscarosse-New York
À partir de 1945: AIR FRANCE
- Sur certains parcours de l'Afrique : Alger-Niamey,
Alger-Kano, Tunis-Fort-Lamy, Casablanca-Bamako.
- Sur l'Amérique du sud : Dakar-Récife, puis Dakar-Rio
de Janeiro, puis Madrid-Rio, de Janeiro, puis Paris- Rio de Janeiro
- Sur l'Atlantique Nord : Paris-New York, Paris-Montréal, puis
Paris-Los Angeles
- Sur l'Atlantique Central : Paris-Antilles
- Sur la ligne polaire : Paris-Anchorage-Tokio
- Sur le Pacifique : Lima-Tahiti-Tokio
LES AUTRES COMPAGNIES FRANÇAISES
TAI, UAT, UTA sur les lignes transatlantiques et pacifiques utilisaient
des co-pilote-navigateurs ou des radio-navigateurs :
- Los Angeles-Tahiti-Nouméa-Sydney
- Athènes-Colombo-Singapour-Sydney
- Les parcours de l'Afrique similaires à Air France
POURQUOI N'Y A-T-IL PLUS DE NAVIGATEUR ?
En 1969, la compagnie Air France comptait 120 navigateurs,
mais elle transforma ses Boeing 707 en installant l'inertie, moyen automatique
de navigation qui lui permis de faire l'économie d'un membre d'équipage,
le navigateur.
L'arrivée du Boeing 747 équipé basiquement de ce
moyen, donc un vol à trois sur les longs courriers transatlantiques
et polaires fit chuter très rapidement le nombre de ces spécialistes
de la navigation qu'était le navigateur.
Les plus jeunes furent transformés en officiers mécaniciens,
(les plus nombreux), quelques-uns uns en co-pilotes, (certains terminèrent
en tant que commandants de bord), d'autres trouvèrent un travail
au sol et de nombreux prirent une retraite anticipée.
Les derniers vols avec navigateur en fonction «navigateur»
eurent lieu vers le milieu des années 75 sur les Lima-Tahiti-Tokio
et les cargo Paris-Anchorage-Tokio. Ensuite seuls quelques vols spéciaux
et les vols de convoyage de Seattle pour les avions type B737 ont vu un
spécialiste de la navigation à bord.
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